Un regard chrétien sur le monde
Discours de la servitude
Ceux qui votent contre moi en subiront les conséquences, y compris au niveau des primaires. C'est la menace proférée par Donald Trump contre les rares élus républicains qui ont osé se joindre à l'opposition démocrate, notamment lors du vote sur les droits de douane. La très grande majorité s'est inclinée y compris des parlementaires qui reconnaissent en offre le caractère désastreux de la politique menée par trump et redoutent une défaite sévère lors des prochaines élections de mi-mandat Soumission volontaire donc dans une démocratie où s'opposer à Trump ne coûte que le risque pour ceux qui le prennent de ne pas être réélu, alors qu'une opposition collective des élus républicains pourrait neutraliser au moins en grande partie son pouvoir de nuisance. Il y a là un exemple caricatural de ce qu'Étienne de la Boétie, jeune écrivain humaniste, ami de Montaigne, avait décrit dans le discours de la servitude volontaire, rédigé en 1576 alors qu'il était âgé de 18 ans. Consentement volontaire, soumission à un tyran. Trump est un tyran, même si les États-Unis sont encore une démocratie avec des contre-pouvoirs, justice, presse, élus démocrates qui tentent de lui résister. Pour la Boétie, les peuples eux-mêmes, en l'occurrence les élus républicains au Congrès des États-Unis, sont responsables de leur servitude, car ils la favorisent par leur passivité, leur complicité. Ils estiment que les tyrans sont généralement en réalité faibles et qu'il suffit, je cite, « que le pays ne consente à sa servitude ». Les recommandations qu'il fait pour cela peuvent aujourd'hui se traduire par « exercer une résistance passive ». La Boétie a pourtant écrit à une époque où il était dangereux de s'opposer au monarque et où les protestations fréquentes, notamment des paysans, dégénéraient en révolte, faute d'obtenir satisfaction et étaient réprimées dans le sang. On peut faire le même constat aujourd'hui. Qui imagine les peuples chinois ou nord-coréens s'opposer ainsi à des régimes impitoyables ? Les Russes qui ont protesté contre l'invasion de l'Ukraine sont emprisonnés, en exil ou ont été assassinés. Les citoyens ordinaires préfèrent faire semblant de croire les mensonges de Poutine. Combien d'autres exemples ! Ce refus de la servitude volontaire est en revanche possible dans nos démocraties. C'est leur faiblesse, mais aussi leur force. Des tyrans modernes, nous en observons dans le monde politique. Dans le monde du travail, dans le monde associatif, y compris chrétien, dans nos églises. C'est plus difficile à admettre pour nous précisément les chrétiens. La cupidité, le goût du pouvoir aussi, ou peut-être davantage encore, conduisent à des abus contre lesquels il est souvent difficile de lutter. Je cite encore la Boétie, « La faiblesse d'entre nous est telle qu'il faut souvent que nous obéissions à la force. » Des discours pervers entretiennent cette soumission, utilisent pour cela un procédé très efficace, la culpabilisation. On peut être accusé de ne pas être un bon patriote, de discréditer son administration, de fragiliser son entreprise, son association, son église, etc. Qui n'a pas vécu ou été témoin de ces procédés. Patrick Goujon, prêtre meusien, victime d'abus sexuels dans son enfance, a eu le courage de témoigner. Dans un remarquable interview Valacroix, il cite son éditrice « Prendre la parole, c'est briser un ordre ». Nous pouvons toutes et tous dans notre vie être confrontés à la nécessité de choisir, accepter de nous taire, de nous soumettre à une forme ou une autre de servitude, et donc cautionner les abus de pouvoir, les discours mensongers qui cherchent à les justifier, ou prendre le risque de parler, nous voir reprocher de briser un ordre et parfois en payer le prix. Lisons le discours de la servitude d'Étienne de la Boétie, lecture un peu ardue, certes, mais quelle lucidité, quelle modernité ! Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.