
Reportage Afrique
Tanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3]
À Dar es Salaam, 70 % de la population vit dans des quartiers informels, souvent dans des zones où assainissement et système d’évacuation d’eau sont rares. À l’approche d’El Niño, les habitants du quartier de Kipawa, qui vivent au bord de la rivière Msimbazi, tentent de se préparer au mieux face aux fortes pluies prévues et à la montée des eaux toutes proches. De notre correspondante à Dar es Salaam, À une poignée de kilomètres de l’aéroport international de Dar es Salaam, en Tanzanie, des habitants se retrouvent autour du collectif écologiste de Kipawa, KEG . Le quartier, situé au bord de la rivière Msimbazi, est sujet aux inondations depuis des décennies. Alors avec l’arrivée prochaine de fortes pluies provoquées par le phénomène El Niño, William et son association ont décidé de se préparer au mieux. Il nous emmène en contrebas de la rivière : « Comme vous le voyez ici , montre-t-il, nous avons construit une digue pour contrôler l’écoulement de l’eau. On a aussi planté des arbres pour lutter contre l’érosion des sols. » Devant lui, un mur de sable de 6 mètres de haut et 200 mètres de long que les habitants ont érigé en deux jours. Peter Boniface habite à Kipawa et sa famille a déjà perdu deux maisons à cause des inondations. « Quand j’étais petit, il suffisait de faire un pas pour traverser la rivière, mais ça s’est beaucoup élargi », déplore-t-il. L’urbanisation grandissante de Dar es Salaam fait diverger les cours d’eau et certains quartiers comme Kipawa se retrouvent en zone inondable. Avec l’arrivée d’El Niño, le gouvernement incite les citoyens à risque à quitter leur domicile. Une idée difficilement réalisable selon Peter Boniface : « Déménager, mais pour aller où ? Chez qui ? La seule chose qu’on peut faire, c’est prier Dieu pour que les prévisions de pluie se soient trompées, mais si ça doit arriver, ça arrivera », conclut-il, philosophe. À lire aussi El Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues « J’ai peur, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? » Si le collectif écologiste de Kipawa tente de préparer au mieux le quartier, les habitants, eux, se sentent impuissants. C’est ce qu’explique Ramadan Mangalaye, chauffeur de taxi-moto : « Il y a beaucoup d’inquiétude. Lors du précédent El Niño, les dégâts étaient considérables et beaucoup de maisons ont été emportées », se rappelle-t-il. Un peu plus loin, devant son échoppe de poissons grillés, Dionesia Luande aussi appréhende les pluies à venir. Sa maison a déjà été emportée une fois par les inondations. « Honnêtement, j’ai peur, mais en tant que citoyens, qu’est-ce qu’on peut faire ? », interroge-t-elle. Lorsqu’on lui demande si le gouvernement apporte de l’aide, sa réponse est sans équivoque : non. El Niño devrait frapper la Tanzanie au plus fort en novembre et décembre 2026. À écouter dans L'invité d'Afrique midi Mobilisation en Tanzanie: «Les menaces de répression ont conduit de nombreuses personnes à rester chez elles»

