
L'art de raconter le monde
«Le dessinateur de Drancy» d’Hervé Duphot, traits de mémoire
Une adaptation fidèle du Journal de Georges Horan-Koiransky, interné au camp de Drancy en 1942-1943. En octobre 2017, les éditions Créaphis publiaient le Journal d'un interné, dans lequel Georges Koiransky racontait sa captivité au camp de Drancy en 1942-1943. La bande dessinée d’Hervé Duphot en est une adaptation fidèle. Dans la postface de l’album, l’historien Benoît Pouvreau retrace le parcours de Georges Koiransky : celui d’un Russe né à Saint-Pétersbourg en 1894 dans une famille francophile, qui s’installe à Paris au tournant du siècle, suit les cours du soir de l’École des Beaux-Arts, s’engage en 1915, ce qui lui permettra d’être naturalisé Français dix ans plus tard. Arrêté sur dénonciation Au printemps 1942, deux de ses sœurs et un de ses neveux sont reconnus comme « non-juifs » par un expert du Commissariat général aux questions juives. Il est pourtant arrêté le 11 juillet 1942, suite à la dénonciation de ses voisins, contre lesquels il portera plainte à la Libération (ils seront condamnés à l’indignité nationale). Interné à Drancy (nord-est de Paris) dans la cité de la Muette transformée en camp de transit des Juifs de France avant leur déportation, Georges Koiransky connaît l’enfermement, la peur, les mauvais traitements et les privations. Il les subit, mais il les documente, encouragé par son compagnon de captivité René Blum (frère de l’ancien président du Conseil Léon Blum). C’est ainsi qu’il croque en cachette les scènes de la vie quotidienne des prisonniers, mais aussi l’arrivée des femmes et des enfants et les départs pour les camps de la mort. Principal problème : le manque de papier, que son épouse Hélène a du mal à lui fournir en quantité suffisante. C’est avec sa complicité qu’il parvient également à faire sortir ses dessins clandestinement, en les dissimulant dans son linge sale. En 1947, il publie à compte d’auteur 56 de ses estampes dans un ouvrage signé Georges Horan, Le camp de Drancy, seuil de l’enfer juif. Le recueil reste confidentiel. Il faudra attendre les années 70 pour que ses œuvres, utilisées par des associations d’anciens internés ou déportés, accèdent à un public plus large. On les retrouve aussi dans le Mémorial de la déportation des juifs de France de Serge Klarsfeld (1978) et dans le film de Jean-Patrick Lebel Cité de la Muette (1986). C’est ce dernier qui permettra de faire le rapprochement entre Georges Horan et Georges Koiransky. L’album d’Hervé Duphot présente aussi plusieurs reproductions de ces dessins originaux. Le dessinateur de Drancy , Hervé Duphot (Delcourt/Encrages).

