
La dame du CDI
EFFÉMINÉ : LIBERTÉ OU PRISON ? Quand la masculinité devient une monnaie dans le désir gay
Être gay, c’est être libre d’être soi-même. Enfin… en théorie. Parce qu’une fois qu’on a quitté les normes hétérosexuelles, est-ce qu’on échappe vraiment aux normes de genre ? Et surtout : pourquoi la masculinité est-elle autant valorisée dans la communauté gay ? Pourquoi voit-on autant de « Masc4Masc », « no fem », « straight acting », « pas de folle » sur les applications de rencontre ? Est-ce simplement une question de goûts et de préférences ? Ou est-ce que nos désirs sont aussi façonnés par la société dans laquelle on grandit ? Et puis il y a un paradoxe qui m’interroge particulièrement : comment peut-on dénoncer la follophobie et la discrimination des hommes efféminés tout en reproduisant soi-même certaines hiérarchies entre les masculinités ? Pourquoi certains hommes efféminés recherchent-ils exclusivement des hommes très masculins ? Et pourquoi peut-on parfois crier à la follophobie dès qu’un homme masculin nous rejette, alors qu’on peut soi-même refuser catégoriquement les hommes qui nous ressemblent ? Attention : il ne s’agit évidemment pas de dire que tous les hommes efféminés sont hypocrites, ni qu’être attiré par les hommes masculins est problématique. Le désir ne se commande pas. Mais nos préférences ne naissent pas non plus dans le vide. Mais à quel moment est-ce qu’on devient réellement soi-même ? Et à quel moment est-ce qu’on devient simplement la personne qu’on pense devoir être pour être aimé ? Parce qu’au fond, une question traverse tout l’épisode : Est-ce que j’aime vraiment ce que j’aime… ou est-ce que j’ai aussi appris à aimer ce que la société m’a appris à trouver désirable ? Et si la masculinité était devenue une forme de capital dans le marché amoureux gay ? Références Sociologie & psychologie sociale • Pierre Bourdieu — La Distinction (1979) et Le Sens pratique (1980) : goûts, distinction sociale, capitaux et hiérarchies symboliques. • Raewyn Connell — Masculinities (1995) : masculinités plurielles et concept de masculinité hégémonique. • Erving Goffman — La Mise en scène de la vie quotidienne (1956-1959) : présentation de soi, rôles sociaux et adaptation du comportement selon les contextes. • Ilan H. Meyer — “Prejudice, Social Stress, and Mental Health in Lesbian, Gay, and Bisexual Populations” (2003) : Minority Stress Model et conséquences psychologiques de la stigmatisation. Genre, sexualité & pensée queer • Judith Butler — Gender Trouble (1990) : performativité du genre et remise en question d’une conception naturelle et fixe du masculin et du féminin. • R. W. Connell & James W. Messerschmidt — “Hegemonic Masculinity: Rethinking the Concept” (2005) : actualisation et approfondissement du concept de masculinité hégémonique. Désir & construction sociale • René Girard — Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) : théorie du désir mimétique et idée que nos désirs peuvent être structurés par les désirs et modèles des autres. • Michel Foucault — Histoire de la sexualité, tome 1 : La Volonté de savoir (1976) : sexualité, normes, pouvoir et production sociale des catégories sexuelles. • Michael Kimmel — Guyland (2008) : socialisation masculine, normes de virilité et pression exercée entre hommes. L’objectif de cet épisode n’est pas de dire aux hommes gays qui ils doivent désirer. On a tous le droit d’avoir nos préférences. Mais on peut aussi se demander d’où viennent ces préférences, pourquoi certaines caractéristiques sont davantage valorisées que d’autres, et ce que nous reproduisons parfois sans le vouloir. Parce qu’il y a peut-être une différence entre être libre d’être masculin… et être obligé de l’être pour être aimé. La Dame du CDI, disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et toutes les plateformes. Instagram / TikTok : @Nathanael_rousseau

